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Eric Esnault : AI et œuvres d’art – Quand deux mondes se rencontrent

par Desfois Michel
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Eric Esnault : AI et œuvres d’art
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Selon l’IESA, une école internationale des métiers de la culture à Paris, « l’art regroupe les œuvres humaines destinées à toucher les sens et les émotions du public ». Cela semble une définition assez juste et donc le plus exact contraire de ce que peuvent représenter, pour la plupart des gens, les nouvelles technologies, l’Intelligence Artificielle et la blockchain en premier lieu.

Pourtant, les deux ne sont pas incompatibles et selon Éric Esnault qui œuvre dans le monde de l’Art depuis des années, les nouvelles technologies pourraient même contribuer à la sauvegarde et à la transmission des œuvres d’art.

Eric Esnault : Quel serait le rôle des nouvelles technologies dans le monde de l’Art ?

Dans les musées, on surveille chaque craquelure sur un tableau. Si toutes ces traces évoquent le passé et font partie de l’émotion que ressent le public à l’idée qu’il ait traversé les âges pour être contemplé, il ne faut pas que la situation empire.

Pour cela, les musées sont soumis à des conditions strictes notamment en termes de taux d’hygrométrie et de température. Non seulement le support papier est fragile, mais la peinture également, tout comme le cadre, le plus souvent en bois.

Chaque œuvre, ainsi, possède ses failles contre lesquelles il s’agit de lutter pour préserver ces chefs d’œuvre.

La digitalisation des œuvres ; comme on peut le faire avec les archives et les documents papier en entreprise, dans le cadre de la transition numérique ; permettrait de sauvegarder, quoi qu’il advienne les œuvres d’art.

Celles et ceux qui croyaient Notre Dame de Paris à l’épreuve du temps ont pu constater avec effroi qu’elle n’était pas immunisée contre le feu. Est-ce le cas de toutes les peintures, sculptures et autres sarcophages détenus entre les murs des différents musées du monde ?

Alors que l’on s’interroge sur la manière dont on pourrait, dans quelques années, faire revivre des œuvres ainsi disparues, cela serait peut-être possible avec l’impression 3D qui pourrait matérialiser une œuvre à partir d’un ordinateur. C’est déjà possible actuellement, mais bien entendu, il faudrait que cela soit légalement encadré, pour éviter les faux.

Les faux et les copies, voilà un des problèmes récurrents dans le monde de l’Art et Éric Esnault est convaincu que la blockchain serait la solution.

Cette base de données tentaculaire pourrait contenir toutes les informations relatives à une œuvre (certificat d’authenticité, nom des différents propriétaires, dates de cession et d’achat, montant…), afin d’avoir en quelque sorte un historique parfait et inviolable des manipulations dont a pu faire l’objet une peinture ou autre objet artistique mis en vente par un particulier, dans le cadre d’une vente ou enchères ou dans une galerie ou un musée, à travers le temps.

Eric Esnault : Nouvelles technologies et art – Une rencontre pour le bien de l’humanité

Une AI et des algorithmes ont déjà pu montrer ce dont ils étaient capables en faisant s’animer certains tableaux célèbres dont celui de la Joconde.

Si cela n’était que pour montrer les progrès faits en ce domaine et a plutôt suscité le sourire, il faut imaginer ce que pourraient donner de telles avancées dans quelques années. On peut penser que des tableaux pourraient s’animer et expliquer la véritable motivation de l’artiste, alors que nous nous contentons pour beaucoup de procéder par déduction et par interprétation en fonction de certains contextes.

Cette envie, cette passion créatrice, ce talent pourraient être encore plus reconnus. L’Art, en outre, pourrait devenir ainsi plus abordable qu’il ne l’est actuellement, pour que progressivement, les enfants par exemple, puissent s’intéresser, par la suite, à des œuvres plus classiques. De quoi susciter des vocations peut-être mais aussi le fait d’avoir envie d’investir dans l’Art.

Pourtant, cela n’est pas sans risque et on peut facilement gruger un acheteur. Pour que cela n’arrive pas, Éric Esnault propose l’utilisation systématique de la blockchain, pour avoir une excellente traçabilité des œuvres.

Puisque cela se fait déjà dans les processus de fabrication, pourquoi ne pas créer une blockchain privée (certaines peuvent être publiques), uniquement dédiée au monde artistique, pour rassurer les acquéreurs sur l’objet qu’ils sont en train d’acheter ?

Cela se pratique déjà un peu en Chine et aux Etats-Unis et la blockchain, avec ses qualités, fait office de preuve incontestable devant la loi, en cas de suspicion de contrefaçon.

Pour Éric Esnault dont le travail consiste notamment à analyser les tendances dans le monde de l’Art, il ne faut pas se fermer aux nouvelles technologies invoquant le prétexte d’aimer des œuvres millénaires, car elles pourraient faire bon ménage.

L’Intelligence Artificielle, dont nous avons déjà pu parler plus haut, n’en est encore qu’à ses débuts, même si on peut déjà parler de progrès fulgurants.

Certains se souviennent peut-être du film AI, avec le jeune prodige qui jouait dans le film Sixième Sens, Haley Joel Osment. Dans ce film d’anticipation (qui ne l’est presque plus), il joue le rôle d’un enfant robot, à l’apparence humaine qui prend la place d’un enfant défunt dans une famille. Il lui reste cependant à apprendre les sensations et les émotions humaines, d’où une scène d’anthologie où il éclate de rire, un peu mal à propos, à table, faisant sursauter ses « parents ».

Une AI, créée par Google, a déjà évoqué à un de ses « collègues » ; un ingénieur qui travaillait pour le géant américain ; son sentiment de solitude, les jours où personne ne lui adressait la parole. L’ingénieur l’interrogeait alors sur d’autres sentiments qu’elle pouvait éprouver et l’AI évoquait la tristesse et la joie, soit bien des sentiments humains, ce que confirme l’ingénieur, affirmant qu’elle serait également dotée d’une conscience.

Serions-nous vraiment étonnés, dans quelques années, de côtoyer des humanoïdes dotés d’une AI, à côté de nous, dans les musées, pleurant d’émotion devant des œuvres que nous nous sommes habitués à voir pour nous donner un autre point de vue sur elles ? Cela serait, c’est certain, passionnant…

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