Sommaire
- La Fonderie de Bretagne: de la reprise à la demande de redressement judiciaire
- Une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025 selon Reuters
- Novasco (ex-Ascométal): le tribunal de Strasbourg écarte Europlasma
- Le pari de l’armement: objectifs d’obus et contraintes industrielles
- Un “serial repreneur” face au risque d’empilement des crises
- Commission d’enquête parlementaire et soupçons de “prédation”: un climat politique défavorable
- Ce que racontent ces dossiers sur l’industrie française en reprise
- FAQ
- Questions fréquentes
- À retenir
- Sources
Europlasma a bâti sa réputation sur la reprise de sites industriels fragilisés, de Tarbes à Valdunes, jusqu’à la Fonderie de Bretagne. Mais depuis, les signaux d’alerte s’accumulent: projet de redressement judiciaire à Caudan, arrêts de production, et une perte nette annoncée à 35,6 millions d’euros sur l’exercice 2025. Le modèle du “serial repreneur” se retrouve testé en conditions réelles.
La question n’est plus seulement celle de l’ambition industrielle affichée par le groupe, mais de sa capacité à stabiliser des actifs déjà fragiles, à financer les redémarrages et à tenir les engagements sociaux et productifs annoncés lors des reprises. Plusieurs dossiers récents, dont Novasco (ex-Ascométal) et la Fonderie de Bretagne, éclairent un même point de friction: quand une entreprise rachète des entreprises en difficulté, le calendrier industriel et le calendrier financier entrent vite en collision.
La Fonderie de Bretagne: de la reprise à la demande de redressement judiciaire
Le cas le plus emblématique est celui de la Fonderie de Bretagne (FDB), à Caudan (Morbihan). Selon L’Humanité, le tribunal de commerce de Rennes a attribué l’entreprise à Europlasma le 25 avril. La reprise s’est accompagnée d’un projet de réorientation vers l’armement, avec l’objectif affiché de produire 250 000 obus dès 2025 puis le double l’année suivante, d’après L’Humanité.
Sur le volet social, L’Humanité rapporte que les syndicats ont obtenu le maintien de 266 salariés sur 286. Sur le papier, c’est un schéma classique de reprise “sauvetage”: limiter la casse sociale, relancer une activité, puis pivoter vers un marché présenté comme porteur. En pratique, l’exécution dépend d’éléments très concrets: état des équipements, continuité énergétique, sécurisation des approvisionnements, et trésorerie suffisante pour absorber les aléas.
Or, la séquence s’est rapidement tendue. Le Monde évoque une réunion extraordinaire du comité social et économique avec, à l’ordre du jour, une demande d’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire “en raison de l’état de cessation de paiements”, et décrit une accumulation de difficultés (pannes, arrêts de production, pertes qui se creusent). La mécanique est connue: sur un site industriel, chaque arrêt non planifié agit comme un goulot d’étranglement. C’est comme un flux de production en usine qui passerait d’un convoyeur continu à une succession de redémarrages, à chaque fois plus coûteux et plus risqués.
Selon Reuters, la Fonderie de Bretagne va demander son placement en redressement judiciaire pour cessation de paiement lors d’un CSE extraordinaire, information annoncée par la CGT de l’entreprise. Reuters précise aussi que la production sur le site “n’a jamais repris” depuis un grave incendie survenu en janvier sur l’un des fours. Dans une fonderie, un four est un organe central: sa mise à l’arrêt, puis sa remise en route, ne se résume pas à “appuyer sur un bouton”. Les contraintes thermiques, la sécurité, la conformité des installations et la disponibilité des équipes conditionnent tout le reste.
Reuters ajoute enfin un point sensible sur la crédibilité financière du repreneur: Europlasma “n’a jamais versé l’intégralité des sommes promises”, selon les déclarations à l’AFP de Maël Le Goff, délégué syndical CGT de FDB. Dans une reprise, ces engagements servent souvent de pont financier entre l’annonce et la réalité opérationnelle. Quand ce pont se fissure, la reprise bascule vite dans une logique de survie au mois le mois.
Une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025 selon Reuters
Le dossier FDB s’inscrit dans un contexte financier dégradé. Selon Reuters, Europlasma a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025, “plus de deux fois supérieure” à l’exercice précédent. Le chiffre ne dit pas tout, mais il dit l’essentiel: un repreneur en série doit financer simultanément plusieurs chantiers lourds, souvent sur des sites qui nécessitent des investissements de remise en état, des recrutements ciblés, et des délais avant retour à l’équilibre.
En clair, le modèle économique ressemble à un portefeuille de projets industriels à haut risque. Chaque site repris peut devenir un relais de croissance, mais chaque retard de production, chaque incident technique, ou chaque négociation sociale qui s’éternise peut aussi devenir un puits de trésorerie. C’est comme piloter plusieurs redémarrages de systèmes critiques en parallèle: si un seul “serveur” tombe, il peut saturer toute l’infrastructure.
Le Monde parle de “déboires” qui “se multiplient”, entre procédures collectives, pertes qui se creusent et arrêts de production. Cette accumulation est un signal structurel: quand les difficultés ne sont plus isolées à un site, elles deviennent un risque de contagion interne. Les équipes dirigeantes et techniques se retrouvent à arbitrer entre urgences, au détriment du temps long (maintenance, formation, industrialisation), qui est pourtant la condition d’une relance durable.
Novasco (ex-Ascométal): le tribunal de Strasbourg écarte Europlasma
Le dossier Novasco (ex-Ascométal) illustre une autre facette du problème: la crédibilité perçue par les décideurs judiciaires et économiques. Selon la source 3, l’offre d’Europlasma a été rejetée par le tribunal de commerce de Strasbourg en raison d'”incertitudes” autour du repreneur, dans un contexte de résultats financiers dégradés.
Le même article indique que le tribunal a préféré “assumer un lourd bilan social”, avec 500 emplois en moins et plusieurs sites industriels, plutôt que de confier Novasco à Europlasma, pourtant “mieux disant sur le plan social”. Ce passage est important, car il montre un arbitrage explicite: mieux vaut parfois une solution jugée plus robuste financièrement, même socialement coûteuse, qu’un plan social plus favorable mais considéré comme fragile dans son exécution.
Traduction: dans une reprise, la promesse sociale n’est crédible que si elle est adossée à une trajectoire industrielle et financière réaliste. Les tribunaux de commerce ne tranchent pas sur la base d’un discours, mais sur la capacité à tenir dans la durée, à financer les investissements, à sécuriser les commandes, et à absorber les chocs. Quand un repreneur est perçu comme trop exposé, l’argument social peut perdre de son poids.
Le pari de l’armement: objectifs d’obus et contraintes industrielles
Une partie de la stratégie mise en avant autour de la Fonderie de Bretagne repose sur une réorientation vers la production d’obus. D’après L’Humanité, le PDG Jérôme Garnache-Creuillot souhaite produire 250 000 obus dès 2025 puis le double l’année suivante. Sur le papier, la logique est simple: basculer vers un débouché présenté comme massif, avec une demande soutenue, et reconstruire un carnet de commandes.

Mais une fonderie, ce n’est pas une ligne d’assemblage que l’on reconfigure en quelques semaines. La capacité à produire des pièces ou des corps d’obus en volume dépend d’une chaîne complète: qualification des procédés, stabilité des fours, maîtrise de la métallurgie, contrôles qualité, et cadence. Si un four est à l’arrêt après un incendie, comme le rapporte Reuters, l’objectif de production devient immédiatement un problème d’industrialisation avant même d’être un problème commercial.
À cela s’ajoute un enjeu de confiance. Quand un projet industriel est accompagné d’annonces chiffrées ambitieuses, le décalage entre annonce et exécution est rapidement visible pour les salariés, les clients et les financeurs. C’est là que le marketing peut devenir du vent: annoncer une cadence, ce n’est pas prouver la capacité à la tenir, surtout quand le site traverse une procédure collective ou s’en approche.
Un “serial repreneur” face au risque d’empilement des crises
Le terme de repreneur en série revient dans plusieurs sources, et il décrit une stratégie: acheter des actifs en difficulté, souvent à des conditions favorables, puis tenter de les redresser par un changement de marché, un investissement ciblé, ou une recomposition industrielle. Placé co rappelle qu’Europlasma a été “sauvé de la faillite” en 2019 et qu’il s’est depuis imposé comme un repreneur de sites “exsangues”.
Le risque, dans ce modèle, est l’empilement. Une reprise isolée peut être absorbée par une structure solide. Plusieurs reprises simultanées exigent une capacité de pilotage et de financement nettement supérieure, car les problèmes arrivent rarement en file indienne. Ils arrivent en grappes: un incident technique ici, une tension sociale là, une décision judiciaire ailleurs. Le Monde décrit précisément ce type d’accumulation, avec des pannes et arrêts de production qui augmentent et des pertes qui se creusent.
Dans ce contexte, la question “Europlasma est-il en train de couler?” se reformule en termes plus opérationnels: le groupe peut-il encore isoler ses difficultés site par site, ou est-il entré dans une phase où chaque crise alimente la suivante? Le rejet de l’offre sur Novasco pour “incertitudes” (source 3) et la perspective d’un redressement judiciaire à la Fonderie de Bretagne (Reuters, Le Monde) pèsent sur la capacité à convaincre les prochaines contreparties: tribunaux, banques, clients industriels, et parfois l’État quand un site touche à des enjeux stratégiques.
Commission d’enquête parlementaire et soupçons de “prédation”: un climat politique défavorable
Le dossier Europlasma ne se joue pas seulement sur les comptes et les machines. Il se joue aussi dans le regard politique porté sur les reprises d’actifs industriels. Selon Reuters, Europlasma a été récemment auditionné par une commission d’enquête parlementaire sur la “prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs“. Le simple fait d’être associé à ce type de thématique installe un soupçon: celui d’une stratégie de reprise qui capterait des actifs sans garantir une relance pérenne.
Ce climat compte, car la relance d’un site industriel dépend d’écosystèmes: collectivités locales, sous-traitants, donneurs d’ordres, et parfois commandes publiques. Quand la réputation d’un repreneur se détériore, le coût invisible augmente: négociations plus dures, délais plus longs, et exigences de garanties plus fortes. C’est un cercle qui peut devenir auto-entretenu, surtout si les procédures judiciaires se multiplient.
Ce que racontent ces dossiers sur l’industrie française en reprise
Les cas Fonderie de Bretagne et Novasco racontent aussi une réalité plus large: une partie de l’outil industriel français se transmet dans l’urgence, à la barre des tribunaux, avec des repreneurs qui promettent une relance rapide. Dans ce cadre, la réussite dépend moins d’une “vision” que d’une exécution minutieuse, presque d’ingénierie de projet: diagnostic technique initial, plan de maintenance, sécurisation des flux, et gouvernance capable de tenir la pression sociale.
Europlasma se retrouve au centre de cette tension, parce que sa stratégie repose précisément sur ces reprises difficiles. Les prochaines semaines autour de la procédure de redressement judiciaire à la Fonderie de Bretagne, et la manière dont le groupe gère ses engagements industriels et sociaux, serviront de test grandeur nature. Si la production ne redémarre pas et si les engagements financiers restent contestés, comme le rapporte Reuters via un représentant syndical, l’effet de réputation peut devenir aussi pénalisant qu’un mauvais trimestre comptable.
FAQ
Europlasma a-t-il des difficultés financières documentées?
Oui. Selon Reuters, Europlasma a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025, plus de deux fois supérieure à l’exercice précédent.
Pourquoi la Fonderie de Bretagne parle-t-elle de redressement judiciaire?
Selon Reuters, l’entreprise doit demander son placement en redressement judiciaire pour cessation de paiement, information annoncée par la CGT. Le Monde évoque une consultation du CSE sur l’ouverture d’une procédure en raison de l’état de cessation de paiements.
La production a-t-elle repris à la Fonderie de Bretagne depuis la reprise?
Selon Reuters, la production sur le site “n’a jamais repris” depuis un grave incendie survenu en janvier sur l’un des fours.
Pourquoi l’offre d’Europlasma sur Novasco a-t-elle été rejetée?
Selon la source 3, le tribunal de commerce de Strasbourg a rejeté l’offre en raison d'”incertitudes” autour du repreneur, dans un contexte de résultats financiers dégradés.
Quel était le projet annoncé pour la Fonderie de Bretagne après la reprise?
D’après L’Humanité, Europlasma voulait orienter la production vers l’armement, avec l’objectif de produire 250 000 obus dès 2025 puis le double l’année suivante.
Questions fréquentes
- Europlasma a-t-il des difficultés financières documentées ?
- Oui. Selon Reuters, Europlasma a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025, plus de deux fois supérieure à l’exercice précédent.
- Pourquoi la Fonderie de Bretagne parle-t-elle de redressement judiciaire ?
- Selon Reuters, l’entreprise doit demander son placement en redressement judiciaire pour cessation de paiement, information annoncée par la CGT. Le Monde évoque une consultation du CSE sur l’ouverture d’une procédure en raison de l’état de cessation de paiements.
- La production a-t-elle repris à la Fonderie de Bretagne depuis la reprise ?
- Selon Reuters, la production sur le site n’a jamais repris depuis un grave incendie survenu en janvier sur l’un des fours.
- Pourquoi l’offre d’Europlasma sur Novasco a-t-elle été rejetée ?
- Selon la source 3, le tribunal de commerce de Strasbourg a rejeté l’offre en raison d’« incertitudes » autour du repreneur, dans un contexte de résultats financiers dégradés.
- Quel était le projet annoncé pour la Fonderie de Bretagne après la reprise ?
- D’après L’Humanité, Europlasma voulait orienter la production vers l’armement, avec l’objectif de produire 250 000 obus dès 2025 puis le double l’année suivante.
À retenir
- Selon Reuters, Europlasma affiche une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025.
- Selon Reuters et Le Monde, la Fonderie de Bretagne prépare une demande de redressement judiciaire pour cessation de paiement.
- Selon Reuters, la production à la Fonderie de Bretagne n’a pas repris après un incendie sur un four en janvier.
- Selon la source 3, le tribunal de Strasbourg a rejeté l’offre Europlasma sur Novasco en raison d’« incertitudes ».
- Selon L’Humanité, Europlasma visait 250 000 obus dès 2025 à la Fonderie de Bretagne, puis le double l’année suivante.
Sources
- Chez le repreneur en série Europlasma, les déboires se multiplient
- La Fonderie de Bretagne cédée à Europlasma : qui est ce serial repreneur d'entreprises en difficulté ? – L'Humanité
- Son offre de reprise de Novasco a été rejetée: "incertitudes" autour du repreneur en série Europlasma, qui présente des résultats financiers dégradés
- Fonderie de Bretagne, reprise l’an dernier par Europlasma, va demander son placement en redressement judiciaire
- Reprise de Novasco : Europlasma rate le coche – Placéco


