Amélie est une jeune artiste qui a sorti son premier album au titre énigmatique The Real Nature Of The Fantastic Ice Cream Car en juillet 2007. Découvrez quelques extraits de ses chansons dans le Zik'Blog et son univers à travers l'interview qu'elle a accordée à PTiTBlog...
Bonjour Amélie, et bienvenue sur PTiTBlog. Votre premier album est catégorisé comme un album folk. Êtes-vous d'accord avec cette classification ou la trouvez-vous réductrice ?
Je suis plutôt d'accord avec cette dénomination, même si à vrai dire je ne porte pas grande attention à ce genre d'étiquette. C'est un album folk pour son côté story-telling et pour les instruments comme des cordes ou des guitares acoustiques. Après, cet album regorge aussi de guitares électriques, de rythmiques parfois plus rock... Mais ce qui m'intéresse, c'est de dépasser les frontières, de faire se rencontrer des univers plus que des genres musicaux, de mêler une atmosphère enfantine à des histoires plus sombres, détourner l'attention. Après, il est sûrement de bon ton d'être cataloguée comme telle, devant cette vague de groupes "néo-folk" qui réussissent si bien ces temps ci : Hey Hey My My, Hermand Dune, Cocoon, Syd Matters...
Ecrire en anglais est-ce un choix, une évidence ou plutôt "de la bonne folk en français, je n'ai jamais entendu ça" ?
Quand j'ai commencé à écrire, c'est venu naturellement en anglais : il faut dire que mes références musicales sont à 99% anglo-saxonnes... C'était comme une évidence de marcher sur leurs traces et donc de chanter en anglais ! Une partie de ma scolarité aux Pays-Bas, tout en anglais, m'a peut être aussi un peu influencée... Mais l'écriture en anglais est vaiment un truc qui ne titille que les français. Les belges, les scandinaves, les islandais prêtent beaucoup moins d'attention à la langue utilisée du moment qu'elle véhicule une émotion, qu'elle donne des sensations à l'auditeur. Le texte, sans être dépourvu d'intérêt bien entendu, devient un instrument à part entière. C'est ça qui m'intéresse. Je suis d'ailleurs contente de constater qu'enfin, on se détourne un peu de cette question de langue pour profiter de la musicalité que propose l'anglais, avec pour preuve la réussite des groupes que j'ai cité plus haut. Je pense aussi à Moriarty ou The Do, des groupes français qui chantent en anglais, et pour qui ça marche, c'est possible !
Vous êtes auteur-compositeur-interprète. Comment écrivez-vous ? Des textes découlent une ambiance musicale ou inversement ?
Tout est lié : le moment où j'écris, ce qui m'arrive à cette période là, des notes que je joue sans forcément y prêter attention, et d'un coup tout prend forme, les mots s'enfilent comme des perles sur une succession d'accords, une idée directrice jaillit, le texte prend forme, c'est comme assister à un tour de magie ! On ne comprend pas le tour de passe-passe, on ne s'y attendait pas, et pourtant, le résultat est là !
Sur votre album, vous jouez plusieurs instruments : le piano, le toypiano, la guitare... J'ai lu que vous ne jouiez de la guitare que depuis quelques années. Pourriez-vous nous parler de votre formation musicale ?
Je ne peux qu'évoquer mon absence de formation musicale... Je n'ai absolument aucune formation. J'ai commencé la guitare en août 2005 : suite à un service rendu à un ami, il m'a proposé de me renvoyer l'ascenseur. Il était prof de guitare... Je lui ai demandé de me donner quelques cours, j'avais pitié de la guitare qui prenait la poussière dans ma chambre ! Et tout s'est enchaîné très vite après ça : premier concert 2 mois après, la rencontre avec le label en mars 2006, la sortie d'un EP en 2006, des dates et ce disque en juillet 2007... Je n'ai pas compris exactement ce qui m'arrivait, pour être honnête. Je m'intéressais bien sûr à la musique, je fréquentais des gens qui jouaient dans des groupes, tout cela m'a paru vraiment étrange. Tant de groupe rament pour trouver un label, d'autant plus par ces temps difficiles pour le disque...
Votre album reprend les titres de votre EP From The Burning Tree To The Monster Mountain sorti en 2006. Comment avez-vous appréhendé le défi de composer 13 titres pour ce premier album ? Quelles ont été vos sources d'inspiration ?
Je m'inspire de ce qui se passe autour de moi, dans mon entourage, de sensations ou de sentiments qui s'installent en moi. Je parle de mes amis, de rencontres, mais comme tout cela pourrait se résumer à un déballage de sentiments, je préfère les habiller, les installer dans un décor plus rocambolesque, tortueux et hanté afin de tourner tout ceci en contes et histoires un peu étranges. Lors de l'enregistrement, on a enregistré 14 titres. On les avait tellement travaillés, préparés, on les avait tellement faits grandir grâce à l'aide de Thomas Mery, le réalisateur du disque, et des musciens, qu'il m'a été très difficile de faire un choix lors du tracklisting : au final, on a gardé toutes les chansons, sauf une qui a été téléchargeable un moment sur MySpace. Il était trop dur de se séparer d'une d'entre elles... !
A la première écoute, on découvre un univers enfantin aussi bien musicalement avec le toypiano ou au niveau des thématiques : les monstres sous le lit avec Monsters ou encore des titres comme Spiders, Love of a girl and a bear. Mais ces thématiques cachent quelque chose de plus sombre. Pouvez-vous nous expliquer cette dualité dans votre univers ?
Je suis très contente quand on écoute suffisamment ce disque pour passer la barrière enfantine qui semble être instaurée à la première écoute, et ainsi percevoir ce qui se cache derrière ! J'aime l'ambivalence qui réside dans ce disque : le côté naïf et enfantin permet des sonorités qui me plaisent tout particulièrement : le toypiano, le xylophone, le stylophone, les petites percussions, les doubles voix... Mais sous cet aspect enchanteur, résident des choses plus sombres qui vivent dans les textes et dans les ambiances inquiétantes parfois. Quand je pense à ce disque, et quand j'écris en général, j'imagine souvent les histoires dans un décor à la Tim Burton. Cette dualité est aussi très présente dans ses films. J'aime l'idée qu'on puisse être conscient de la réalité en gardant un regard d'enfant sur tout ça. Ca rend les choses moins dramatiques !
La pochette de l'album est un véritable résumé de son ambiance : un paysage naïf où vous êtes encerclées de manière inquiétante par un serpent. Comment a été effectué le choix de ce visuel ?
La photo a été prise dans le jardin de la maison où nous enregistrions le disque : la propriétaire y fait pousser un labyrinthe végétal. J'aimais bien l'idée d'être un genre d'Alice... Les dessins sont l'oeuvre d'Hélène Laurent, une dessinatrice pour enfants que j'avais pu rencontrer pour la réalisation de la pochette de l'EP. Elle et Mathieu Drouet, le photographe, sont des amis. L'univers d'Hélène me plaisait beaucoup, et elle a tout de suite trouvé ce qu'il convenait pour la pochette.
Vous avez un grain de voix particulier et j'ai l'impression que vous exploitez cette voix plus comme un instrument tel une guitare ou un piano que comme un simple vecteur de mots comme dans Birthday gun. Qu'en pensez-vous ?
J'en pense que vous avez raison ! J'aime l'idée que la voix soit un instrument à part entière, et non pas un support pour véhiculer un texte. Alors j'aime m'amuser avec ça... Et comme je ne suis pas une musicienne accomplie, la voix me parait un instrument plus facile à gérer que des cordes sous mes doigts, ça donne une liberté que je n'arrive pas encore à avoir avec une guitare ou un piano...
Actuellement vous présentez votre album sur scène en remière partie de nombreux artistes (Philippe Uminsky, Pauline Croze, Dirty Three...). Comment abordez-vous cet exercice réputé difficile ?
J'aime faire les premières parties ! Chaque soir, c'est un défi de saisir l'attention du public qui n'est pas venu en majorité pour nous voir... Il y a une vraie liberté à occuper cette place : elle offre l'opportunité de se lancer à fond sans craindre de décevoir étant donné qu'on ne nous connait pas... Il n'y a que la possibilité d'être une belle surprise ! Et les premières parties ave Philippe Uminsky ou Pauline Croze, contrairement à des soirs où l'on partage la scène avec des groupes à la sensibilité plus folk comme Moriarty ou Dirty three, nous permettent aussi de nous confronter à un public qui n'écoute pas forcément du folk... L'an dernier, jai tourné avec Mick est tout seul, et j'ai pris un immense plaisir à rencontrer un public chanson française. Quand certaines personnes de l'audience venaient me voir à la fin pour me dire combien ils étaient agréablement surpris, c'étaient de vraies victoires pour moi !
Sur scène, vous êtes accompagnés de Jérôme Lapierre, qui plus qu'un simple musicien qui vous accompagne, fait partie intégrante des morceaux. Comment est née votre collaboration ?
Nous nous sommes rencontrés en juin dernier grâce à la maison de disques. Je cherchais un musicien pour m'accompagner sur scène. Ils connaissaient bien Jérôme et ils se sont dits que ça pourrait coller. On a fait une répèt' ensemble, un peu par curiosité et finalement ça a été une vraie rencontre ! Jérôme est un très bon musicien qui sait apporter sa touche sans complètement renverser un morceau, et il m'a beaucoup aidé à pousser plus loin les expérimentations sonores grâce à des pédales de sample ou d'autres instruments comme l'autoharpe.
Souvent on compare votre voix et votre univers à celui de Björk entre autres. Sur scène, vous faites une superbe cover de All is full of love. Pourquoi ce choix ?
Björk est une artiste que j'admire énormément. Elle semble avoir construit une maison dans laquelle elle aurait tout construit elle-même, du sol au plafond, en explorant tous les couloirs et les plus petits recoins. Que ce soit dans ses disques, ses films, ses bandes originales, ses clips, tout est très personnel chez elle, et c'est cette liberté qu'elle a de faire comme elle l'entend et d'assumer ses folies qui m'impressionne énormément. Alors quand j'ai réfléchi à une reprise, c'était asez naturellement que je me suis tournée vers un de ses morceaux. Reprendre ce titre très lent et hypnotique à la base en une version plus folk et tendue permet de m'approprier un tout petit bout de son univers... Et puis, j'aime ce texte, je le trouve plein d'espoir !
Que peut-on vous souhaiter pour cette année 2008 ?
Et bien disons de continuer à rencontrer à chaque concert des gens qui seront touchés par mes morceaux. De continuer de convertir des oreilles, peut être même des oreilles hors de France !
Pour conclure, avez-vous un petit mot pour les visiteurs de PTiTBlog ?
Voyons nous, très bientôt, sur la route !!!
Merci beaucoup Amélie d'avoir pris le temps de répondre à nos questions. On rappelle qu'on peut retrouver vos dates de concerts et des extraits de votre album The Real Nature Of The Fantastic Ice Cream Car sur votre site officiel ou sur votre MySpace. Vous serez en showcase à la FNAC de Lille le 13 mars. Bonne route !