Lisez la plume de Tonino Benacquista...
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... Entre polars, utopies et sombre réalité... >>
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Un auteur découvert un peu par hasard avec son livre « Quelqu’un d’autre » . Deux hommes qui ne se connaissent que depuis un match de tennis partagé se promettent de devenir cet « autre » qu’ils ont toujours rêvé d’être sans jamais l’oser, parce que vivre ses rêves et laisser libre court à ses envies n’épargnent pas l’entourage, demande à être assumé un minimum… A bientôt 40 ans il n’est plus temps de se poser de questions. Cette idée porte un concept absolument romanesque, c’est le cas de le dire, utopique, qui laisse forcément rêveur. Avant de faire le choix de devenir cette « autre moi » je me devais déjà de suivre la drôle d’expérience menée par ces deux personnages… Je vous invite à faire de même ! Au final j’ai découvert une plume à hauteur de mes espérances, à hauteur du fond de l’histoire. Le ton employé reste léger, sans superflus, sincère, direct, sans pincettes, et encore d’autres adjectifs simples.
Même les séances de torture psychologique qu’il inflige à ses pauvres âmes ne nous perdent pas en route. J’aime ce genre de propos : tout ce qui appartient à mon double idéal… Tiens tiens…
Autant de faits donc qui m’ont poussée à en découvrir un peu plus sur Tonino Benacquista. Je m’attaque donc à « Malavita ». Ca commence à sonner très italien tout ça… Et pas pour rien ! Nous voici donc la sixième paire d’yeux de cette famille d’immigrés américains : les Blake. Ils s’installent dans un village sans histoire de Normandie. Chacun dégage un certain respect et tous s’imposent naturellement dans leur nouveau cadre de vie. Y'a comme un air de famille… Et c’est pas pour rien… Et ce n’est pas non plus pour rien qu’ils ont déjà fui Paris, le Sud et d’autres régions de leur pays d’adoption puisqu’ils sont au cœur d’embrouilles mafieuses qui les ont contraints à fuir leur chez eux. Mais on n’oublie pas un passé contre les lois et ne se détache pas du sang sicilien qui coule dans ses veines si facilement. De petits écarts en grandes maladresses de la part de nos protagonistes et c’est bien évidemment l’attention de leurs ennemis qui est réveillée. Avec une grande part de malchance je dois le dire ! L’idée de base me paraît efficace bien que pas spécialement extravagante. Encore une fois c’est la plume de l’écrivain qui fait toute la différence, qui ne lasse pas. On en sait juste plus très bien où l’on se situe, entre le roman noir, policier, le ton comique et franc employé, les mauvais hasards totalement rocambolesques auxquels même Tintin n’aurait pas eu droit pour se tirer d’affaire. C’est un peu le « si seulement je réussissais à me tirer d’affaire » du type encordée à une voie ferrée avec le TGV à 3 mètres de lui rouler dessus quand… Ô ! Grâce au ciel un couteau de boucher bien aiguisé tombe d’un avion lui passait au dessus à ce moment-là, tout pile sur ses liens, à temps pour qu’il puisse rouler sur le côté et voir le talon de sa chaussure lamentablement écrasé par le train. Absurde, rien de crédible, et un peu trop prévisible pour la fin…
Mais on s’attache quand même à se laisser embarquer par le récit, à suivre l’auteur. La plume Benacquista je vous dis ! Un petit extrait pour le plaisir…
« Mon père est un Américain de base, tu as oublié ce que c'était. Un type qui parle pour se faire comprendre, pas pour faire des phrases. Un homme qui n'a pas besoin de dire vous quand il sait dire tu. Un type qui est, qui a, qui dit et qui fait, il n'a pas besoin d'autres verbes. Un type qui ne dîne, ne déjeune ni ne soupe jamais : il mange. Pour lui, le passé est ce qui est arrivé avant le présent, et le futur ce qui arrivera après, à quoi bon compliquer ? As-tu déjà listé le nombre de choses que ton père est capable d'exprimer rien qu'avec le mot "fuck" ? »
Enfin j’en finirai avec « Saga ». Quatre individus un peu paumés, sans route toute tracée devant eux se voient proposer une chance de réaliser un rêve qu’ils ont en commun : devenir scénariste. Scénariste le temps d’une « Saga », une série de 80 épisodes à sortir au plus vite, non pas pour captiver l’audimat mais pour répondre à la norme précise du quotat de « créativité française » de la chaîne imposé par la loi. Ils sont libres de leurs choix mis à part quelques contraintes de coûts de production nécessairement bas. Encore là on devine la suite… Le plus de ce livre est les deux histoires parallèles auxquelles on se prend : le devenir des auteurs mais également celui de leur « Saga ». Un chouette moment, toujours sur le même ton. Il ne nous réserve pas de grosse surprise mais un bon moment d’évasion, le plaisir que l’on a à se remémorer tous ses projets pour lesquels on s’est autant investi que nos héros.
Et effectivement, ça manque dès lors qu’il n’y en a plus à portée de main !
Ca pousse à s’investir !
- Cet article a été rédigé par May
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